Vous percevez une pension d’invalidité catégorie 2, vous êtes inscrit à France Travail, et on vous demande de chercher activement un emploi alors que votre état de santé vous en empêche. Cette situation, fréquente et source de stress, repose sur un malentendu tenace : le classement en invalidité catégorie 2 ne dispense pas automatiquement de recherche d’emploi. Depuis 2012, cette dispense automatique n’existe plus, et aucun texte ne l’a rétablie depuis.
Invalidité catégorie 2 et obligation France Travail : ce que dit le droit en 2026
L’instruction n° 2026-03 du 23 janvier 2026, publiée au Bulletin officiel de France Travail, le confirme sans ambiguïté : aucun texte réglementaire ne prévoit de dispense automatique de recherche d’emploi liée au classement en invalidité. Être reconnu invalide de catégorie 2 signifie que la Sécurité sociale vous considère « absolument incapable d’exercer une profession quelconque ». En revanche, France Travail fonctionne avec ses propres règles.
Concrètement, si vous êtes inscrit comme demandeur d’emploi, vous restez soumis aux obligations du projet personnalisé d’accès à l’emploi (PPAE), y compris l’actualisation mensuelle et la recherche active. Le PPAE est censé adapter ces obligations à votre situation, mais on constate sur le terrain que cette adaptation ne va pas de soi.
Avec la loi pour le plein emploi, l’inscription à France Travail est devenue quasi systématique pour les bénéficiaires du RSA et les personnes en situation de handicap. Si vous cumulez pension d’invalidité et RSA, vous êtes donc doublement concerné.

Adapter le PPAE à votre invalidité : la démarche concrète auprès de France Travail
Puisqu’il n’existe plus de case « dispense » à cocher, tout se joue lors de la négociation du PPAE avec votre conseiller. C’est là que votre invalidité catégorie 2 prend un poids réel, à condition de fournir les bons documents.
Les pièces à réunir avant le rendez-vous
- La notification de pension d’invalidité catégorie 2 délivrée par votre CPAM, qui mentionne explicitement votre incapacité à exercer une profession quelconque
- Un certificat médical récent de votre médecin traitant décrivant vos limitations fonctionnelles (pas seulement le diagnostic, mais ce que vous ne pouvez pas faire concrètement)
- Le cas échéant, votre notification RQTH (reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé) délivrée par la MDPH, qui renforce votre dossier
- Tout document attestant d’un suivi médical lourd ou de traitements incompatibles avec une activité régulière
L’objectif est clair : démontrer que votre état de santé rend toute recherche d’emploi irréaliste, pas simplement difficile. Le conseiller France Travail dispose d’une marge d’appréciation dans la rédaction du PPAE. Il peut y inscrire des obligations allégées, voire symboliques.
Ce qu’on peut obtenir dans le PPAE
Le PPAE peut prévoir une dispense de fait, sans utiliser ce mot. On parle alors d’un projet centré sur le soin, la stabilisation de l’état de santé, ou un bilan de compétences adapté sans obligation de candidature. Les retours varient sur ce point : certains conseillers adaptent le PPAE dès le premier rendez-vous, d’autres exigent des relances ou l’intervention du médecin du travail.
Demandez systématiquement un écrit précisant les aménagements accordés. Un PPAE oral ne vous protège pas en cas de radiation.
Pension d’invalidité et allocation chômage : les règles de cumul à connaître
Beaucoup de personnes en invalidité catégorie 2 se retrouvent inscrites à France Travail non par choix, mais pour percevoir l’allocation d’aide au retour à l’emploi (ARE). Le cumul pension d’invalidité et ARE est possible, mais les conditions méritent qu’on s’y arrête.
Si vous perceviez déjà votre pension d’invalidité pendant la période d’emploi qui a ouvert vos droits au chômage, le cumul avec l’ARE est intégral. Votre pension n’est pas déduite du montant de l’allocation. En revanche, si la pension a été attribuée après votre perte d’emploi, son montant est déduit de l’ARE. La différence financière peut être significative.
Cette règle de cumul explique pourquoi certains assurés restent inscrits à France Travail malgré leur invalidité : se désinscrire, c’est perdre l’ARE. Le piège est alors de rester soumis à des obligations de recherche d’emploi qu’on ne peut pas remplir.

Radiation France Travail et invalidité : comment se protéger
Le risque concret quand on est en invalidité catégorie 2 et inscrit à France Travail, c’est la radiation pour « insuffisance de recherche d’emploi ». Cette radiation entraîne la suspension de l’ARE, parfois pendant plusieurs mois.
Pour éviter cette situation, plusieurs réflexes sont utiles.
- Actualisez votre situation chaque mois, même si vous n’avez aucune démarche d’emploi à déclarer. L’absence d’actualisation entraîne une radiation automatique
- Conservez une copie de chaque document transmis à France Travail (courriers, certificats médicaux, PPAE signé)
- En cas de convocation à un rendez-vous, présentez-vous ou justifiez votre absence par un certificat médical. Deux absences non justifiées suffisent pour déclencher une procédure
Si vous êtes radié malgré votre invalidité, vous pouvez contester la décision auprès du médiateur de France Travail dans un délai de deux mois. Joignez votre notification de pension d’invalidité catégorie 2 et tout document médical attestant de votre incapacité.
RQTH, AAH et invalidité catégorie 2 : articuler les dispositifs
L’invalidité catégorie 2 relève de la Sécurité sociale. La RQTH et l’AAH (allocation aux adultes handicapés) relèvent de la MDPH. Ce sont des dispositifs distincts, mais complémentaires pour alléger vos obligations.
La RQTH, combinée à l’invalidité catégorie 2, permet d’accéder à un accompagnement spécialisé par Cap emploi (intégré à France Travail). Cet accompagnement est souvent plus réaliste que le suivi standard : les conseillers Cap emploi connaissent les contraintes liées au handicap et adaptent le suivi en conséquence.
Concernant l’AAH, elle peut être cumulée avec la pension d’invalidité dans certains cas, notamment quand le montant de la pension est inférieur au plafond de l’AAH. Faire reconnaître un taux d’incapacité par la MDPH renforce votre dossier global face à France Travail.
La meilleure protection reste de multiplier les reconnaissances administratives (invalidité CPAM, RQTH, taux d’incapacité MDPH) : chacune documente votre situation sous un angle différent, et leur accumulation rend toute contestation de votre bonne foi beaucoup plus difficile pour l’administration.

