La mention « rare cellule épithéliale » sur un compte rendu d’analyse urinaire génère régulièrement des interrogations en consultation. Ce résultat, loin de signaler une anomalie, traduit un phénomène physiologique de desquamation de l’urothélium. Nous détaillons ici les éléments techniques qui permettent de le replacer dans son contexte clinique réel.
Seuil de contamination épithéliale : ce que les laboratoires quantifient vraiment
Les laboratoires français utilisent désormais un seuil explicite pour distinguer un prélèvement exploitable d’un échantillon contaminé. Au-delà de 10 000 cellules épithéliales par millilitre, le compte rendu mentionne une contamination, ce qui impose de réinterpréter avec prudence la bactériurie, la leucocyturie et les nitrites.
La mention « rares cellules épithéliales » se situe nettement sous ce seuil. Elle confirme que le prélèvement reste valide et que les autres paramètres de l’ECBU peuvent être lus sans réserve liée à la qualité de l’échantillon.
En microscopie, jusqu’à huit à dix cellules épithéliales squameuses par champ sont considérées comme physiologiques chez la femme. Ce seuil explique pourquoi la mention « rares » apparaît très fréquemment sans orienter vers une pathologie urinaire.

Cellules squameuses, transitionnelles ou tubulaires rénales : la distinction qui change l’interprétation
Tous les concurrents listent ces trois types cellulaires. Nous insistons sur un point technique sous-estimé : le type cellulaire prime sur la quantité dans la démarche diagnostique.
Cellules squameuses et contamination externe
Les cellules squameuses proviennent de la partie distale de l’urètre ou de la région génitale. En trouver quelques-unes est banal et ne reflète pas un processus pathologique des voies urinaires hautes. Leur présence massive remet en cause la qualité du recueil, pas l’état du rein ou de la vessie.
Cellules transitionnelles et muqueuse vésicale
Les cellules transitionnelles (urothéliales) tapissent la vessie et les uretères. En quantité « rare », elles témoignent du renouvellement normal de la muqueuse. Leur augmentation significative, associée à une hématurie ou à des atypies morphologiques, justifie une exploration urologique plus poussée, notamment une cytologie urinaire dédiée.
Cellules tubulaires rénales
C’est le seul type dont la présence, même en faible nombre, mérite une attention clinique. Les cellules tubulaires rénales ne sont pas censées apparaître dans un sédiment urinaire normal. Leur détection oriente vers une atteinte parenchymateuse rénale (néphrite tubulo-interstitielle, nécrose tubulaire aiguë). Le compte rendu d’ECBU standard ne les mentionne que rarement, car leur identification requiert une lecture microscopique attentive.
Paramètres associés sur l’ECBU : quand « rare » devient un faux problème
Nous recommandons de lire la ligne « cellules épithéliales » uniquement en regard des autres résultats de l’analyse. Isolée, elle ne porte aucune signification pathologique. Voici les paramètres à croiser :
- Leucocytes : une leucocyturie supérieure au seuil de positivité, associée à des bactéries, oriente vers une infection urinaire, indépendamment du nombre de cellules épithéliales
- Bactériurie : la présence de bactéries avec un antibiogramme positif a une valeur diagnostique propre, que la contamination épithéliale soit minimale ou non
- Hématies : une hématurie microscopique associée à des cellules transitionnelles atypiques justifie un bilan urologique, même si les cellules épithéliales sont rares
- Nitrites : un test nitrite positif avec leucocytes élevés et bactériurie significative suffit à poser le diagnostic d’infection urinaire bactérienne, sans que la ligne épithéliale modifie la conclusion
- Cylindres : la présence de cylindres granuleux ou hyalins en parallèle de cellules tubulaires rénales suggère une atteinte rénale parenchymateuse à explorer
Un ECBU avec « rares cellules épithéliales » et des paramètres normaux par ailleurs ne nécessite aucune investigation complémentaire. C’est le cas de figure le plus fréquent.

Qualité du recueil urinaire : le facteur technique que le patient contrôle
Le nombre de cellules épithéliales squameuses dépend en grande partie de la technique de prélèvement. Un recueil mal réalisé augmente mécaniquement le taux de cellules et peut faire basculer un résultat de « rare » à « nombreuses », sans aucun changement clinique sous-jacent.
Trois points techniques conditionnent la fiabilité du prélèvement :
- Toilette locale avant le recueil, pour réduire la contamination par les cellules cutanées et les sécrétions vaginales chez la femme
- Recueil du milieu de jet, en éliminant les premiers millilitres qui entraînent les cellules distales de l’urètre
- Acheminement rapide au laboratoire (moins de deux heures à température ambiante), pour éviter la prolifération bactérienne secondaire qui fausserait l’interprétation globale
Quand un prélèvement est signalé contaminé, le laboratoire demande un nouveau recueil. Avec « rares cellules épithéliales », cette demande n’a pas lieu : le prélèvement est considéré comme exploitable.
Mention « rare » et suivi médical : ce que votre médecin vérifie en 2026
Le médecin qui reçoit un ECBU mentionnant de rares cellules épithéliales ne prescrit ni examen complémentaire ni traitement sur cette seule base. Il vérifie la cohérence globale du bilan : absence de leucocyturie significative, stérilité bactériologique, absence d’hématurie.
Si vous présentez des symptômes urinaires (brûlures mictionnelles, pollakiurie, douleurs lombaires) alors que l’ECBU revient avec de rares cellules épithéliales et des paramètres par ailleurs normaux, le médecin orientera la démarche vers d’autres causes : syndrome urétral, cystite interstitielle, ou pathologie gynécologique concomitante chez la femme.
La mention « rare cellule épithéliale dans les urines » reste un résultat de sédiment urinaire normal, qui ne modifie ni le diagnostic ni la prise en charge. Seule l’association avec des anomalies sur d’autres lignes de l’ECBU justifie un approfondissement. En l’absence de symptômes et de perturbation des autres paramètres, ce résultat peut être classé sans suite.

